Le Grand Voyage

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15 juillet 2009

Can Tho, le 17 juillet

Bonjour tout le monde,

Quelques nouvelles en vrac, mais pas grand chose a vous raconter, car il fait calme.  Ce sont les vacances scolaires, donc je n'ai pas encore eu l'opportunite de contacter les ecoles pour du boulot.  De plus, il y a eu les journees d'examens d'entree a l'universite, donc tout ce beau monde etait tres occupe.

Le temps ici est moche, je dirais meme tres moche.  La mousson est la et on voit peu le soleil depuis quelques jours.  Dimanche, lundi et mardi, il a plu quasi toute la journee et les moustiques en ont profite pour faire leur come back.  Comme si cela ne suffisait pas qu'on ne puisse quasi pas rester dehors, il faut en plus que ces sales betes viennent nous enquiquiner, nous sucer le sang et, partant, nous injecter leur poison qui demange.  J'ai eu droit a 4 nouvelles piqures en quelques minutes, il etait affame le saligaud et s'est regale avec mes chevilles.  Certains me diront "Attention au palu", a cela je repondrai qu'il n'est pas possible d'eviter tous les risques et qu'on doit "faire avec".

Su est rentre lundi, mais le voila a nouveau reparti, cette fois pour un motif moins rejouissant.  Tout a l'heure, en effet, son frere lui a telephone pour lui annoncer le deces de son oncle.  Le pauvre homme etait en etat de survie depuis plus de 4 mois, nous pensons donc que, malgre la tristesse pour les proches, il est enfin soulage.  J'ai prefere ne pas l'accompagner, meme si nous en avions parle a l'epoque ou il est entre a l'hopital, pour ne pas etre une charge pour la famille.  En effet, ils ne me connaissent pas et auront suffisamment de choses a faire sans devoir s'occuper d'une invitee, etrangere qui plus est. 

Cette nuit, j'ai ete reveillee par le vent et la pluie, ca tombait dru et, comme je suis au 4e etage sans vis-a-vis, je recois les rafales en pleine force.  J'espere que je n'aurai pas a connaitre un ouragan ou un cyclone, car deja hier, alors qu'il ne s'agissait que d'une averse de mousson tout a fait normale, j'ai un peu "flippe".  Je me suis depechee de rentrer les vetements qui tentaient de secher sur le balcon et, en deux minutes chrono, meme pas, j'etais trempee jusqu'aux os (et le balcon a un toit, je ne vous dis pas sans ce que ca aurait donne). 

Hier, nous avons eu une accalmie et un temps relativement sec, mais la pluie est revenue en force cette nuit.  Nous avons generalement droit a une petite accalmie tot le matin et, parfois, une heure l'apres-midi.  Apres ca, il faut enfiler les vetements de pluie pour le moindre deplacement.  Les pieds et les chaussures souffrent beaucoup, tout le temps trempes.  Une chance qu'il ne fasse pas froid (pour moi, Su, lui, est regulierement frigorifie), cela permet de ne pas attraper un rhume.  Je me rejouis de revoir le bon temps.  Quelle mauvaise idee j'ai eue de demenager en juin, il fait un temps superbe a Nha Trang, excepte l'averse de l'apres-midi. 

Rafael m'a dit qu'il etait tres occupe, ils ont beaucoup de clients en ce moment, ce qui est une bonne chose en soi.  Il a eu egalement l'opportunite de donner un cours "open water", ce qui lui fait gagner des points pour acceder a la prochaine formation.  J'attends toujours son coup de fil promis depuis trois jours, mais bon, il a du boulot, c'est le principal, je ne vais pas trop insister.

Hier soir, j'ai fait la connaissance d'un expat venant de Nouvelle-Zelande, il m'a donne l'adresse des centres prives de langues, une autre possibilite de travail.  Demain, je vais faire la photocopie de mon passeport et de mon diplome et partir a la chasse aux heures de cours.  D'apres lui, il y a de nombreuses classes d'enfants, ce qui pourrait etre un avantage pour moi vu mon statut d'institutrice primaire.  Qui vivra verra... Je suis un peu decouragee en ce moment, j'ai besoin de trouver un supplement financier et aussi de "faire quelque chose".  Avec ce temps pourri, les journees me semblent longues et mon moral s'en ressent; decidement, la pluie, ce n'est vraiment pas fait pour moi.  Pas question d'aller a Ninh Kieu pour bavarder avec les etudiants, il n'arrete pas de pleuvoir.

La semaine derniere, par contre, j'etais occupee a lire sur Ninh Kieu, lorsqu'un vieux monsieur accompagne d'un tout jeune homme passent devant moi, me regardent et je vois, du coin de l'oeil, le monsieur dire quelques mots au garcon.  Je ne me formalise pas, mes cheveux blonds et mon statut d'etrangere engendrent toujours des commentaires (bons ou mauvais, je n'en sais rien).  Ils s'arretent a deux metres de moi et s'asseyent sur la balustrade.  Comme ils me regardent avec insistance, je me dis que quand meme, je ne suis pas un singe.  J'etais prete a leur faire un signe peu aimable afin de les faire partir ou du moins cesser de me regarder en conversant, lorsque le jeune garcon vient a moi et me demande s'il peut s'asseoir et converser un peu avec moi afin de pratiquer son anglais.  J'etais soulagee.  En fait, j'ai appris que le monsieur est le grand-pere de ce garcon et l'a pousse a combattre sa timidite afin de prendre une lecon d'anglais gratuite et benefique. 

Je n'ai rien contre, bien au contraire.  J'aime bavarder avec les etudiants, cela me fait toujours enormement plaisir de constater a quel point certains sont motives et veulent se construire un avenir meilleur et, chose peu courante chez nous, participer a l'evolution du pays.  Le monsieur s'en est alle et nous avons bavarde une bonne heure.  Ce garcon a seulement 14 ans et une maturite d'adulte.  Ses questions etaient tres judicieuses, bien formulees, polies et respectueuses.  Apres m'avoir pose les questions d'usage sur mon age, ma situation familiale, le but de ma visite au Viet Nam, mon opinion sur le pays du point de vue geographique, climatique et humain - questions qui pourraient nous paraitre incongrues, mais sont de la plus elementaire des politesses ici au Viet Nam -, nous avons parle de l'evolution du pays, des besoins en matiere d'enseignement et d'education, de la pollution et de l'education indispensable a l'environnement.  Bref, un moment a marquer d'une pierre blanche, tant il montre a quel point les jeunes de ce pays (pas tous, bien entendu, ce serait trop beau) aiment leur pays et leur nation.  Ils "en veulent" et, au risque de me repeter, cela me pousse a les saluer bien bas.  Chapeau les jeunes, beaucoup des notres devraient prendre exemple sur vous !

Le vieux monsieur est revenu et s'est pudiquement assis a quelques metres de nous.  J'ai donc mis fin a la conversation et l'ai invite a approcher afin de le saluer.  Nous nous sommes promis de converser a nouveau si l'occasion se presente.  Je n'ai pas voulu lui promettre de revenir a un moment precis, je ne sais jamais si ma soiree va etre libre et je n'aime pas faire des promesses que je ne tiendrai pas.  Il m'a dit recommencer les cours du soir la semaine prochaine, mais je suis persuadee que le dimanche, il passera voir si je suis sur mon banc. 

Il est des rencontres, comme ca, qui me font chaud au coeur.  Meme s'il m'arrive, en ce moment, d'avoir des envies de retour, - j'ai un peu le mal du pays et surtout du commissariat en ce moment -, le simple fait de me rememorer ces instants me remonte le moral.  La pluie cessera, le soleil reviendra, le travail se presentera et les finances s'amelioreront... Il y a encore beaucoup a faire ici et beaucoup de choses interessantes a vivre.

A bientot,

Pat

PS : J'allais oublier.  Dimanche, j'ai mange la meilleure pizza du Viet Nam.  Quel plaisir !  Pia, l'amie francaise de Saigon qui s'est mariee il y a deux semaines, etait de passage a Can Tho avec Francois-Xavier (Fix pour les intimes), son epoux.  Ils m'ont invitee au restaurant et nous avons decouvert ce petit bijou de resto ou la cuisine italienne est vraiment une cuisine italienne.  Je me suis regalee.  Et dire que je suis passee devant ce restaurant des dizaines de fois sans prendre la peine de m'y arreter.  Prejuges, prejuges... Il ne paie pas de mine et, malgre le fait qu'il annonce "pates et pizzas", j'etais sceptique, ayant trop souvent ete decue a Nha Trang.  Apres un an et demi, j'ai enfin trouve un endroit ou manger une vraie pizza !  Miam...

Autre chose, mon pc est operationnel, ce n'etait que le cable du chargeur qui etait fichu.  450.000 VND, ce n'est pas a proprement dire "bon marche" pour ma bourse, mais je suis soulagee, une batterie m'aurait coute beaucoup plus cher.

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31 mai 2009

Nha Trang, le 31 mai

Hello tout le monde,

Ca fait un moment que je n'ai pas donne de nouvelles.  J'ai ete pas mal occupee et bousculee ces derniers temps, j'ai du me deplacer, changer plusieurs fois de lieu de vie, galerer, chercher du boulot, etc. etc.  Je profite d'une journee de repos a l'interieur (il fait un temps pourri, il pleut, le ciel est gris et beaucoup de gens sont malades) pour ecrire un peu.

Actuellement, je suis a Nha Trang, mais pour une dizaine de jours encore.  En effet, apres avoir murement reflechi a ce qui s'offre a moi, j'ai decide, folle hysterique ou pas, de retourner a Can Tho.  Avant cela, je vais me rendre sur l'ile de la Baleine, j'y ferai des photos, il parait que l'endroit est sublime.  Dernier voyage avec Qua, je sais qu'il est triste de me voir partir, mais c'est la vie, je n'arrive pas a passer sur notre dispute a Can Tho et, bien qu'il reste mon ami et que je suis consciente que sans sa presence a mes cotes, je n'aurais pas fait tout ce que j'ai fait depuis un an et demi, quelque chose s'est definitivement brise et il n'y aura pas de retour possible.

Beaucoup d'evenements prives m'ont amenee a cette conclusion, certaines deceptions assez dures a avaler, des joies aussi, mais surtout l'evidence : trouver un boulot a Nha Trang, c'est quasi utopique.  De toute facon, je n'y trouve plus mon bonheur, je suis lasse de la mentalite qui y regne et j'ai envie de m'impregner beaucoup plus de la vie vietnamienne.  Ce n'est pas Su qui me manque, je ne compte d'ailleurs pas lui dire que je reviens, c'est la ville, ses habitants, le delta, l'ambiance qui y regne.

Est-ce l'approche de la fameuse cinquantaine, l'envie d'un nouveau tournant, le besoin de prendre du recul par rapport a ce qui a ete fait depuis mon arrivee ?  Je ne sais pas trop.  Ce que je sais avec certitude, c'est que je ne me plais plus a Nha Trang et que j'ai envie de profiter de MA vie, de faire ce que J'ai envie sans devoir tenir compte de celui-ci ou celui-la. 

Je vous donnerai donc rendez-vous pour decouvrir mon nouvel environnement des que j'y serai a nouveau installee.  Entretemps, voici quelques photos que j'ai prises lors de mon trajet par bateau express entre Can Tho et Saigon.

En route pour une ballade le long du fleuve.

Le bateau


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Le delta aux environs de Can Tho


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Le nouveau pont de Can Tho, presque termine


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Pres de Phu Sa, une ile que j'ai hate de decouvrir, juste en face de Can Tho city


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Entre Can Tho et Saigon, je ne sais plus ou...


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En approchant de Saigon

L'armee...


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Le petrole


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Le commerce


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Les travaux en tout genre


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Le plaisir des yeux... coucher de soleil sur une journee bien remplie


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Les dernieres photos vont peut-etre vous etonner, mais elles sont egalement un miroir du Viet Nam.  Les gens qui viennent visiter le Viet Nam en touristes s'attendent a voir de jolies cartes postales champetres.  Elles existent, bien sur, la vie agricole represente un pourcentage tres important du Viet Nam, la faune, la flore, les beaux paysages, les cotes, les iles... tout ca est magnifique et merite d'etre vu.  Pour moi, le Viet Nam, c'est devenu autre chose AUSSI.  Je dis bien "aussi", car j'aime toujours autant la vie rurale, les rizieres, les montagnes, les iles, la mer, mais j'ai appris a apprehender un autre Viet Nam, celui qui avance.  Celui de la reconstruction, celui du commerce et de l'industrie. 

Excepte Saigon et Ha Noi que je n'aime vraiment pas, car trop surpeuplees, trop bruyantes, trop stressantes, j'apprecie de retrouver les villes.  Je disais que Buon Ma Thuot etait la ville ou j'aurais aime m'installer si elle s'etait trouvee en bord de mer, je m'apercois que Can Tho, bien que n'ayant pas de mer, m'a egalement seduite.  Le Mekong y est tellement vaste qu'on n'a pas la sensation d'etre dans une ville fermee.  L'horizon est vaste, on peut "voir loin", concept qui m'est cher et dont j'ai besoin.  A cote de cela, a Can Tho comme a Buon Ma Thuot, on trouve un Viet Nam et des Vietnamiens "authentiques" (je deteste ce mot, surtout lorsqu'il est employe par les visiteurs en mal d'images nostalgiques).  J'entends par la des gens et une vie, les us et coutumes vietnamiens en pleine mutation, une marche en avant ineluctable dans laquelle le progres, l'instruction, l'evolution ont leur place.

N'en deplaise a certains, le Viet Nam bouge, tres vite...

A bientot,
Pat

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20 novembre 2008

Saigon, le 20 novembre

Hello tout le monde,

J'envoie un petit billet avant d'etre trop occupee, je suis a Saigon jusqu'a demain matin puis je pars en tour avec deux couples de Francais.  Ici, il fait beau et chaud, le ciel s'est un peu obscurci depuis deux heures de l'apres-midi, mais il y a encore de belles eclaircies.  Il fait sec aussi et ca me fait du bien apres ces deux semaines d'humidite constante.

Pour ceux d'entre vous qui en ont entendu parler, je tiens a les rassurer en ce qui nous concerne, la tempete Noul ne nous a pas atteints.

Cela fait deux semaines maintenant que le temps n'est plus au beau fixe : pluies parfois torrentielles, temperatures en baisse, ciel nuageux la plupart du temps, bourrasques de vent, mer agitee et parfois "sauvage" au point d'avoir ote la vie a trois etudiants qui se sont noyes fin de la semaine derniere; bref, un temps a ne pas mettre un Vietnamien dehors, surtout un de Nha Trang qui a l'habitude du beau temps.

Lundi matin, apres etre allee prendre des nouvelles de mon pc portable - qui, bien entendu, n'est toujours pas repare, - sous une pluie torrentielle, j'arrive trempee jusqu'aux os au cybercafe.  je discute un peu avec le serveur (le vivant, celui qui sert les verres) qui me dit qu'on attend une tempete tropicale pour le soir.  Force 10 !!!  Oups ! Je lui demande a quoi je dois m'attendre et il me dit qu'il y aura beaucoup de pluie, des vents tres forts et des inondations. 

Ma maison etant deja quasi sous eau (les murs pissent litteralement et la rue est inondee jusqu'aux genoux), je me dis qu'il serait peut-etre judicieux de passer la nuit en ville.  Il y a beaucoup de place dans les hotels en ce moment et je prefere ne pas risquer une nuit blanche a lutter contre le dechainement des elements.  De plus, etant au pied d'une montagne, je recois les eaux d'ecoulement et j'ai un peu peur d'une coulee de boue devastatrice.  Fidele a mes principes, je me dis que les biens materiels detruits, ce n'est qu'un demi-mal, mais que nos deux vies sont trop precieuses pour les risquer de cette maniere. 

Comme il n'arrete pas de pleuvoir, Rafael propose de passer a la maison pour chercher quelques affaires pour la nuit, couper l'electricite, fermer les volets et rentrer mon velo a l'interieur.  Je passe donc le reste de la journee en ville, de cybercafe en restaurant, attendant la tombee du jour en regardant tomber la pluie.  Rafael, de son cote, a du rester un bon moment a la maison, la pluie avait redouble et il etait tres difficile de quitter le quartier.

Vers 19 heures, le vent est toujours a l'etat de brise legere, la pluie a quasi cesse et je me demande si mon serveur ne m'a pas raconte des mensonges.  Je retourne donc au cybercafe afin de consulter les sites meteo.  Pas de mensonges, le satellite montre une tempete juste au dessus de nous.  Je decide d'attendre encore un peu sur place : la chambre est reservee, nos affaires sont installees, pas question de toute facon de renoncer a cette nuit de tranquillite au centre ville.  De plus, une douche chaude nous fera du bien par les temps qui courent (chez moi, je n'ai que l'eau froide et en ce moment, c'est pas jojo).

21 heures, toujours rien !  Je suis, entretemps, passee du cybercafe au Rainbow histoire de changer de place et de prendre un dernier verre avant de rentrer.  J'explique ma situation a l'un des membres du club qui me repond : "Elle est deja partie". 
- Ah bon ?. 
- Oui, oui, elle s'est coupee en deux a hauteur des iles et ici a Nha Trang, il n'y aura rien de plus que maintenant.

Je ris - jaune - car j'ai reserve une nuit d'hotel pour rien.  Je me console en pensant a la douche chaude qui m'attend, a la chambre aux murs secs, a la tele par cable grace auquel je pourrai voir un film en entier sans que l'emetteur n'envoie des carres depixellises.  D'autre part, je suis contente car il n'y aura pas de degats a aller constater demain matin ni plus d'eau dans la rue que maintenant.  Je rentre donc a l'hotel d'un pas tranquille, bien decidee a profiter de ce confort inopine et bienvenu.

Le lendemain matin, il pleut encore un peu mais ce ne sont que des averses legeres et le vent est tombe.  Qua, qui est venu me retrouver pour boire le cafe me dit qu'il savait que rien ne se passerait, qu'on l'avait annonce aux infos et, quand je lui dis qu'il aurait pu me prevenir, me repond, comme toujours : "Oh, je n'y ai pas pense."  Il m'arrive de plus en plus souvent de me demander s'il lui arrive de penser !!!

Nha Trang a eu de la chance, une fois de plus.  Mais est-ce vraiment de la chance ?  En fait, notre ile de Hon Tre, la plus grande et la plus haute, situee pile en face de la baie semble avoir ete posee la par un dieu antique et bienveillant.  Elle nous protege des vents violents, des tempetes, nous procure un spectacle merveilleux au quotidien, changeant de couleur comme s'il s'agissait d'une dame aimant essayer une nouvelle robe tous les jours et meme parfois toutes les heures.  Les promoteurs ont eu beau l'abimer en construisant un cinq etoiles, un telepherique et un parc aquatique, elle ne s'est pas vengee pour autant, peut-etre parce que l'armee a su garder ses terrains et qu'il est interdit de construire sur une plus grande surface, et elle continue a nous servir de bouclier naturel. 

La configuration de la baie doit aussi y etre pour quelque chose.  En effet, lorsqu'on longe la digue, surtout le soir, on s'apercoit a quel point elle est incurvee.  En regardant en face depuis une extremite, on a l'impression qu'il n'y a pas d'ouverture et que la mer est un immense lac.  Les iles et les courbes de la cote forment presqu'une couronne et, la nuit, les lumieres accentuent cette impression.

Chaque jour, lorsque j'enfourche ma bicyclette pour me rendre au centre ville, quel que soit l'etat du ciel : bleu clair ou fonce, blanc de chaleur ou revetu de ses nuances infinies de gris, quel que soit l'etat de la mer : bleue, turquoise, verte, ambre, grise, je me rejouis du spectacle qui s'offre a moi.  La mer, les iles, les montagnes, le ciel forment un ensemble d'une intense vivacite, d'une beaute voluptueuse et sensuelle.  Ici, sous les tropiques et peut-etre plus particulierement dans la baie de Nha Trang, tout est fort, intense, presque trop.

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07 novembre 2008

Nha Trang le 7 novembre

Il pleut, il pleut, riziere...

La saison des pluies est maintenant bien la.  Il pleut plus qu'il ne fait beau et ici, quand ca tombe, ca tombe.  Depuis une dizaine de jours, maintenant, le ciel a vire au gris et deverse sur la ville et ses environs des tonnes d'eau, venues d'on ne sait ou.

Heureusement, nous avons de belles periodes d'eclaircies et meme, parfois, une journee entiere de soleil, mais le changement est radical si on se refere a la meteo si clemente des huit mois passes.  Depuis trois jours, il pleut plus des trois-quarts du temps et les maisons commencent a sentir le moisi.  Le linge etendu dehors, qui en general seche en quelques heures, reste irremediablement humide, les draps de lit ne sont guere accueillants, les murs suintent quand ils ne coulent pas litteralement, les rues adjacentes sont regulierement inondees, les capes de pluie protegent, mais humidifient le corps et les vetements, les gouttieres font un bruit d'enfer et les toitures en tole ondulee leur disputent la premiere place au hit parade des decibels.

PLUIEsmallLa mer, elle aussi, se rebiffe.  Les vagues viennent bruyamment se fracasser sur le rivage et, a certains endroits ou la plage est quasi inexistante pour cause de digue, elles n'hesitent pas a eclabousser les passants, tout surpris de cette agression subite.  Le fleuve, drainant les eaux boueuses des montagnes environnantes, vient se jeter brun et sale dans la mer, la rendant tristement brune a son tour.  Les plages sont quasi desertes, seuls quelques etudiants bravent le ressac a la tombee du jour pour faire une petite trempette ou une partie de football.

Hier, les 10 kilometres qui separent ma maison du centre ville m'ont pris une bonne heure.  J'avais quitte la maison "entre les gouttes", entendez par la "entre les seaux" qui se deversaient par intermittence, esperant pouvoir gagner le centre sans prendre une seconde douche.  C'etait sans compter sur le vent qui obscurcit le ciel en moins de dix minutes et apporta une nouvelle averse bien drue.  J'avais a peine parcouru deux kilometres qu'il m'etait deja impossible d'envisager de prolonger mon parcours.  Les gouttes, grosses et piquantes, ne me permettaient plus de garder les yeux ouverts, chose indispensable lorsque l'on conduit un vehicule, et la route commencait a se couvrir d'une pellicule glissante faite d'eau et de boue. 

Je decidai donc de m'arreter au GMC, cafe-restaurant-discotheque-karaoke tres prise par la jeunesse nantie et branchee de Nha Trang, afin de m'abriter en attendant la fin du deluge.  J'etais encore relativement seche et une brave jeune fille venait a ma rencontre avec un parapluie.  Tout allait pour le mieux, la douche semblait evitee.  C'etait sans compter avec le gardien des vehicules.  Il brava la pluie pour venir prendre mon velo en charge - celui-ci n'en avait pourtant pas besoin puisque je l'avais gare sous un parasol(pluie) - et, ne connaissant ni le poids de l'engin, ni la fonction de la poignee droite, se retrouva sous la pluie, le velo incontrolable a la main, nous obligeant a nous deplacer de dessous ce parasol bien utile afin de lui expliquer qu'il fallait oter la cle de contact avant de toucher a cette poignee sous peine de voir le velo avancer tout seul et pas forcement dans la direction voulue.  Le vieux gardien n'arrivait pas a se depetrer de la situation, la jeune fille et moi etions deja trempees, la pluie redoublait et je ne parvenais pas a faire comprendre a ce malheureux homme qu'il faillait couper le contact.  Mon velo, trop heureux d'ennuyer quelqu'un, avancait par a-coups, guidon incline, imprimant un cercle "vicieux" tout autour de nous, entrainant a sa suite le pauvre homme qui n'osait lacher prise.

pluie_compressS'il avait fait soleil, nous aurions certainement beaucoup ri de cette mesaventure, mais sous la douche tropicale, nous n'avions vraiment pas envie de plaisanter.  Finalement, j'ai tendu mon sac et ma cape a la serveuse, reussi a degager mes cles du contact et tape sur la main du vieux bonhomme pour qu'il lache le guidon, tout ceci en maintenant mon velo afin d'eviter qu'il nous tombe lourdement sur les jambes.  Nous etions tous les trois trempes jusqu'aux os, la serveuse un peu moins, car elle avait eu la sagesse de rester sous son parapluie pendant la scene : pas folle, la guepe : qu'ils se debrouillent !!!

Apres cet intermede desagreable, j'ai enfin pu gravir les marches du GMC pour me mettre a l'abri.  Mes cheveux, mes bras, mon bas de pantalon, mes sandales, ma blouse, tout etait trempe.  Tant qu'a faire, j'aurais pu continuer ma route, je serais arrivee au centre dans le meme etat. 

La pluie ne faisant pas mine de s'arreter de tomber, je commandai un cafe au lait, chaud pour une fois, et un petit dejeuner.  Entretemps, j'allai me secher et recoiffer tant bien que mal aux toilettes.  La dame de charge ne put s'empecher d'esquisser un sourire en me voyant debarquer dans ce huis clos, mais la pitie fut plus forte et elle me tendit gentiment une serviette afin que je puisse reparer un tant soit peu les degats.

A mon retour a table, un cafe chaud m'attendait ainsi qu'un verre de the, comme il est coutume dans les cafes vietnamiens.  Ce dernier, contrairement a l'habitude, etait chaud aussi.  Pas de glacons cette fois, personne n'avait envie de se refroidir le gosier.  Mon petit dejeuner, un "banh mi bo kho", c'est-a-dire une soupe epicee aux legumes et au boeuf accompagnee d'une petite baguette de pain, arriva peu de temps apres et fut revigorant et delicieux.  Il ne me restait plus qu'a attendre tranquillement une eclaircie avant de poursuivre ma route.

Ainsi fut fait et un petit quart d'heure plus tard, j'enfourchai a nouveau mon velo apres avoir enfile ma cape de pluie encore bien mouillee et repris le chemin de la ville.  La route etait encore un peu inondee, mais il subsistait neanmoins suffisamment de passages a gue pour m'eviter un bain de pieds supplementaire.  Plusieurs ruisseaux improvises d'eau boueuse se deversaient en cascade des flancs de la colline, les hoteliers, cafetiers et autres tenanciers s'affairaient a brosser tout ce trop plein vers les egouts qui, heureusement ici a Nha Trang, sont de bonne qualite et suffisamment performants pour evacuer l'eau en peu de temps.  Un bon quart d'heure plus tard, j'arrivais enfin au centre ville, encore un peu humide, mais sans avoir eu a subir une nouvelle averse.

A peine avais-je eu le temps de donner mon linge a laver que la pluie recommencait a tomber.  Il ne me restait plus que quelques metres a parcourir avant d'arriver au cafe ou Qua et moi nous retrouvons chaque jour et j'arrivai enfin a l'abri.  Le cafe en question est tres agreable, il comporte un batiment principal et un grand jardin arbore.  De nombreux parasols, un kiosque et une grande bache permettent de s'y asseoir meme lorsqu'il pleut.  Cependant, hier, la pluie etait tellement puissante que toutes les tables avaient du etre rassemblees sous la bache principale et le kiosque : les parasols n'etaient pas suffisamment solides et impermeables pour permettre a quiconque de s'y abriter et la violence des trombes d'eau eclaboussait tout le mobilier.

Ayant donne rendez-vous a Qua a cet endroit, je me decidai donc a trouver une table libre a l'abri de la bache.  Contrairement a l'habitude, le cafe etait quasi desert; il etait pourtant difficile de s'asseoir car le nombre de tables assemblees dans un petit espace reduisait considerablement la mobilite.  Satisfaite cependant de trouver un abri, je tatai la chaise qui se revela simplement humide, m'assis et commandai un cafe.  J'entamai la conversation avec un client Australien accompagne d'un jeune guide; le sujet etant bien sur le temps actuel, les problemes causes par la pluie qui envahit tout et le bonheur d'etre "assis a une terrasse les pieds dans l'eau".  Nous rimes de l'image, car la situation du jour, bien que correspondant tout a fait par les mots, etait bien loin de celle annoncee par les guides touristiques, a savoir soleil, plage, parasol, pieds dans l'eau... de la mer. 

Qua arriva dix minutes plus tard, tout aussi trempe que je l'etais une heure auparavant.  Il etait en route lorsque l'averse avait eclate et n'avait pas ses vetements de protection.  Nous bumes notre cafe en regardant tomber la pluie et en essayant d'eviter les projections.  Le sol restait irremediablement inonde et, bien que peu enclins a nous amuser, nous rimes malgre tout de la situation, des clients qui arrivaient en courant pour se mettre a l'abri, relevant leurs bas de pantalon d'une main tout en essayant de maintenir un objet quelconque au-dessus de leur tete.  Ici, heureusement, tout prete a rire et tout le monde rit.

Apres cet intermede humide, nous decidames d'aller travailler chacun de notre cote et c'est en me levant que j'ai eu la desagreable surprise de m'apercevoir que l'arriere de mon pantalon etait trempe.  En effet, la chaise avait, sous mon poids, rendu son trop plein d'eau et je me retrouvai donc les fesses mouillees pour le restant de la journee.  Pas question de rentrer a la maison pour me changer, le risque de subir un nouveau deferlement de dame la pluie etait trop grand.  Je passai donc le reste de la journee inconfortablement assise devant un ordinateur, mon pantalon refusant bien entendu de secher au contact du skai recouvrant la chaise.

Le soir, une legere accalmie arrivant, je decidai de rentrer chez moi.  Avant de partir, je passai un coup de fil a Rafael pour savoir ou il etait et ce qu'il faisait et il m'invita a le rejoindre dans un cafe proche ou il jouait au billard.  J'allai donc prendre un verre avec lui et, bien evidemment, une nouvelle averse arriva.  L'heure tournait, j'avais envie de rentrer - j'ai quand meme dix kilometres a parcourir - et la temperature etait assez fraiche.  Apres toute cette pluie, je redoutais que les routes soient a nouveau inondees et je n'avais pas envie de devoir pousser mon velo seule dans la nuit.  A la premier accalmie, je pris donc mon courage a deux mains, enfilai a nouveau ma cape, enfourchai mon velo pour la derniere fois de la journee et rentrai enfin a la maison pour me secher et me changer.

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25 octobre 2008

Nha Trang sous la pluie...

Ca devait arriver, il pleut. 

Pas comme d'habitude, ca, on aime encore bien, ca rafraichit. 

Non, non, la, il pleut, il pleut, riziere... et ca n'en finit pas.  Le ciel est gris souris, le soleil parti en vacances, la mer est brunatre de toutes les eaux boueuses du fleuve qui se deversent en elle; les vagues ne sont pas tres fortes, mais s'ecrasent sur les plages en faisant du bruit et de l'ecume, brunatre elle aussi, qui n'invite pas vraiment a mettre les pieds dans l'eau.  Pourtant, il fait chaud; disons plutot qu'il fait bon.  Ici, 27 degres l'apres midi, c'est "bon".  La temperature ideale pour se promener.  Ah, ce serait si bien si on avait cette temperature et pas de pluie, on pourrait bouger plus sans etre trempe de sueur.  M'enfin, quoi, on ne peut pas tout avoir quand meme !  Il fait bon, mais on est mouille - trempe devrais-je dire - des qu'on met le nez dehors.

Je suis rentree hier matin de Saigon sous la pluie et n'ai vu le soleil qu'une petite heure depuis.  Ma rue a ete un peu inondee, mais pas trop, il est encore possible de passer a gue.  Internet est coupe ou ne fonctionne que par intermittence, impossible donc de profiter de ces journees a l'interieur pour travailler ou remplir mon blog.  J'ai fini par venir en ville ou ca fonctionne une demi-heure a la fois entre deux periodes de "m... , encore coupe !".

Les touristes se promenent couverts de capes en plastique ou sous un parapluie.  Comme ils sont ici en vacances et pour peu de temps, il faut bien qu'ils profitent de leurs journees.  Evidemment, on ne peut pas dire qu'ils soient tres souriants.  Apres avoir passe quelques heures dans les boutiques, ils se demandent certainement ce qu'ils vont bien pouvoir faire pour tuer le temps et s'en retournent deambuler dans le centre.  Les guides se font rares, ce n'est pas evident de rester sous la pluie a attendre un client qui n'aura de toute facon pas envie d'aller faire un tour a moto par un temps pareil.  Les marchands ambulants passent plus de temps sous les auvents des restaurants que sur la route, ici, quand il pleut, ca mouille, et bien !  Pas evident d'avoir des marchandises mouillees et meme s'ils posent un plastic sur leur eventaire, il ne protege pas assez et, de toute facon, on voit mal la marchandise. 

Ce soir, il n'y a quasi aucun resto de rue, pas la peine de sortir tout le materiel puisque ca risque de tomber a n'importe quel moment et que personne n'ose s'asseoir dehors.  Personne sur la plage, evidemment, excepte quelques courageux touristes qui veulent malgre tout profiter du spectacle. 

Bref, depuis trois jours, c'est la desolation.  Les pieds sont lourds et trainent encore plus dans les tongs qu'a l'accoutumee, les visages sont fermes, les tetes rentrees, les commercants peu enclins au bavardage.  Tout le monde attend la reapparition de Maitre Soleil, ne serait-ce que deux heures sur la journee, histoire de rendre le sourire aux passants.

Sur ce, je m'en vais profiter d'une accalmie pour rentrer a la maison, 10 km sous la pluie, meme avec ma cape, ca ne me dit rien qui vaille...

A bientot, je pense a vous qui devez supporter cela depuis deja plusieurs mois, le froid en prime.  Non, franchement, je ne pourrais plus.



Posté par ottlnpac à 16:13 - Scenes de vie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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