04 décembre 2009

La mort au Viet Nam

Voici maintenant trois jours qu'un dais est dresse en face de chez moi.  Tables, chaises, musique traditionnelle et religieuse, roulements de tambour et chants se succedent a intervalles de trente minutes environ.

Un autel est dresse a l'entree de la maison, de nombreuses couronnes avec des rubans noirs ou sont ecrits en blanc des mots que je ne peux comprendre mais que je devine.  Sur l'autel, une photo de la defunte, des offrandes, des fleurs, des batons d'encens.

Rites funeraires au Viet Nam

Je n'ai vu personne avec des turbans blancs, alors que le mois precedent, sous un autre dais funeraire, se regroupaient beaucoup de personnes portant ce turban.  Difference de culte, de religion, je n'en sais trop rien, je n'ai pas encore pose la question a Su, mais tout ceci m'interpelle et me rappelle que chez nous, il n'y a pas encore si longtemps, on gardait aussi les morts a la maison pendant trois jours.  Changement d'epoque, maintenant, tout le monde ou presque va au funerarium.  Plus de tentures noires ou mauves aux portes, plus de porte qui reste ouverte pour laisser entrer les visiteurs. 

Pourquoi ? 

Ici, quand quelqu'un meurt, tout le monde est au courant, tout le monde peut venir se recueillir, on ne part pas seul, en catimini.  Chez nous, il arrive de plus en plus souvent qu'on apprenne plusieurs mois apres l'enterrement que le voisin qui habitait quelques maisons plus loin est mort.  Si la famille n'en a pas parle (et on parle de moins en moins aux voisins), rien n'a ete visible.  Le croque-mort (pardon, l'entreprise de pompes funebres, on ne croque plus le pied des defunts depuis longtemps) a discretement evacue le corps, la famille a ete tres occupee avec toutes les formalites administratives, a passe la plus grande partie de ses journees a se relayer au funerarium, a peut-etre, si elle en a les moyen, fait imprimer des faire-part de deces qui risquent d'arriver deux jours apres l'enterrement. 

Ici, on ne se cache pas.  Il faut accompagner le defunt dans son trajet vers l'au-dela, l'aider a passer d'une vie a l'autre (car les croyances locales disent qu'on ne meurt pas vraiment), lui apporter argent et nourriture pour le voyage.  Pour ce faire, les amis, la famille, les voisins se relayent de l'aurore a tard dans la nuit.  Ici, pas de cercueil abandonne, seul, pendant les heures de fermeture du funerarium, car funerarium il n'y a pas. 

Je ne suis pas tres "cimetiere", je dirais meme pas du tout, je n'y vais jamais.  Une fois le defunt enterre, ou incinere, pour moi, il n'est plus la, je ne vois donc pas l'interet a aller visiter un lopin de terre.  C'est mon choix personnel, je comprends cependant que d'autres ressentent le besoin d'aller sur la tombe de leurs disparus.   Par contre, pendant les premiers jours qui suivent la mort, j'ai du mal a accepter que l'on puisse laisser le defunt tout seul.  Je me souviens etre allee rendre visite a deux amis, decedes beaucoup trop jeunes et  avoir eu un choc violent a les voir exposes la, tout seuls, dans une piece lugubre.  Le premier etait toujours sur le brancard de la morgue d'ou il partirait pour le cimetiere, le second gisait dans le cercueil ouvert.  Pas question ici d'ossements ou de corps decompose, mais mes amis, tels qu'ils etaient deux jours plus tot, comme endormis. 

Tout seuls...

Je n'arrivais pas a les quitter des yeux et encore moins a quitter la piece.  J'avais la sensation que leur esprit (ame, aura, ou le nom que vous voudrez lui donner) n'etait pas encore parti et que cette solitude leur pesait.  Je leur parlai longuement, comme s'ils etaient encore vivants et leur souhaitai un bon voyage et, qui sait, un au revoir, un vrai, pas un symbolique.  J'ai d'ailleurs "revu" quelques fois l'un des deux avant qu'il ne soit parti ailleurs, je ne sais pas trop ou, mais ou il est certainement tres bien puisqu'il n'eprouve plus le besoin de revenir.

Difficile d'en parler autour de moi, les Occidentaux sont plutot pragmatiques et ont une facheuse tendance a me prendre pour une illuminee lorsque je parle des sensations et autres phenomenes inexpliques que je ressens, vis ou dois subir (car ce n'est pas toujours rose).  Je suis donc restee avec ces interrogations sur mon "etat mental" jusqu'a ce que je cotoie les rites funeraires du Viet Nam (et probablement d'Asie, mais je ne connais que ceux d'ici).  Me voici donc rassuree, je ne suis pas gaga, j'ai peut-etre tout simplement un "passe" oriental que je ne connais pas.  Ici, les gens pensent comme moi (ou c'est moi qui pense comme eux), ici, c'est tout a fait normal de "sentir" le defunt pendant les jours qui suivent son deces puisqu'il n'est pas encore vraiment parti; ici, on sait qu'il ne faut pas le laisser tout seul pendant ce laps de temps.  Ici, certains ont la meme sensibilite que moi et arrivent encore a communiquer avec les defunts pendant un laps de temps plus ou moins long apres son deces. 

Culte des ancetres au Viet Nam

Message personnel : Quand je mourrai, et ca arrivera forcement un jour, incinerez-moi, dispersez mes cendres, mangez, buvez et chantez.  Cela fait, ne vous preoccupez plus de rien, mais entretemps, ne me laissez pas seule.

Ceci dit, ne vous precipitez pas, j'ai le temps... ;-)))

Posté par ottlnpac à 16:44 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur La mort au Viet Nam

    Bonjour Patricia.
    Tu sais que je suis maintenant marié à une Vietnamienne. J'ai compris une chose de plus qui peut te permettre de poser une pierre de plus dans la cérémonie funéraire.
    Comme tu le sais, il y a des cimetières au Vietnam. Lors de la fête du Têt, la famille se rend sur la tombe familliale (un peu la Toussaint de chez nous). Généralement, il n'y a qu'une tombe pour toute la famille et à l'intérieur uniquement le(s) défunt(s) de l'année.
    En fait, c'est lors du premier anniversaire du décès, que le défunt est incinéré. D'où, l'importance de cette "fête" pour les Vietnamiens.

    Posté par berpas, 11 décembre 2009 à 14:45 | | Répondre
  • BONNES FETES!

    Bonsoir Pat,
    Merci de nous tenir informé(e)s de votre vie d'expat. Je pense que vous êtes de retour à Can Tho depuis votre dernier post. J'espère que tout se passe bien pour vous, votre fils, son amie et le votre.
    Je vous souhaite un Joyeux Noël et une très bonne nouvelle année avec tout ce que vous désirez (nouveau job sous les tropiques?... ou job au VN qui vous plaise, la santé, l'amitié et l'amour!)
    Amicalement,
    Valérie (Mahiska)

    Posté par mahiska, 22 décembre 2009 à 21:31 | | Répondre
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