12 juillet 2008

Les valeurs qui changent

Il est minuit environ et je ne peux pas m’endormir. Depuis deja de nombreuses semaines, il m’est impossible de trouver le sommeil avant une ou deux heures du matin. Impossible de savoir pourquoi, mais j’ai beau me coucher vers viingt-deux heures avec une impression de sommeil proche, une fois couchee, rien a faire. Je lis un peu, puis je pose les ecouteurs sur mes oreilles et je branche mon mp3. Pendant les premieres semaines, cet etat m’ennuyait, m’enervait meme; je me disais que le lendemain je serais fatiguee, qu’il fallait que je m’endorme a tout prix. Maintenant, je laisse faire mon corps et tant pis si le matin je ne me leve pas aux aurores comme la plupart des Vietnamiens. Je me reveille vers sept heure trente et voila.

Ce soir, en ecoutant la musique enregistree avant de partir, mes pensees se sont envolees vers les images qu’elle m’inspirait. Je me rends compte alors que la plupart des chansons que j’ai enregistrees ont entre vingt et quarante ans. Elles me renvoient a mon enfance et a mon adolescence, lorsque j’etais insouciante, heureuse et que j’avais encore toute la vie devant moi. Elles me ramenent a Fechereux, petit village de campagne ou nous passions nos week-ends et une partie des vacances dans la caravane. Chansons “bebetes”, pleines de paroles d’amour et de romantisme. 

 

C’etait dans les annees septante et la vie a l’epoque etait belle et tranquille. La crise ne faisait que se dessiner lentement, il y avait encore le plein emploi en Europe, en Belgique en tout cas, on ne parlait quasi pas de chomage, on ralait sur les Italiens qui etaient venus trente ans plus tot pour travailler dans les mines et maintenant se complaisaient “A la moutouelle”, mais ce n’etait pas un drame, ca faisait plutot rire et donnait aux humoristes et chansonniers des idees de textes.

 

Apres cet intermede dans mon enfance, je laisse mon esprit parcourir les annees quatre-vingts, puis nonante. Le travail a trouver, le mariage, l’enfant a elever et le debut des galeres. Les premiers annees deux mille ont ete les plus dures et de fil en aiguille, j’essaie de me rappeler le pourquoi de tant de difficultes. Je me rends compte alors qu’en dehors des problemes d’adolescence de mon fils, la plupart des mes soucis venaient du fait que mes besoins etaient au-dessus de mes moyens et pourtant tellement superflus.

 

 

Je fais ensuite le bilan des six mois passes ici auViet Nam et realise a quel point les choses ont change. Mes besoins sont limites, mes depenses un peu moins car les cours de mon fils me coutent tres cher de meme que l’aide que j’apporte a gauche a droite, mais dans l’ensemble, je m’apercois que tout ce qui m’etait necessaire en Belgique, je n’y pense jamais ici et que cela ne me manque nullement. 

Ici, je ne fais pas les boutiques, j’ai un roulement tres limite de vetements pratiques mais pas du tout a la mode ou de marque, je porte en permanence la meme paire de tongs, je ne vais chez le coiffeur qu’une fois par trimestre pour rafraichir un peu la coupe, je ne me maquille pas, je n’achete pas de cd, je ne loue pas de films, la tele se limite a TV5 MONDE Asie et quelques chaines vietnamiennes et meme s’il suffirait d’acheter un decodeur un peu plus cher pour avoir une centaine de chaines, finalement, je n’en vois pas l’interet, elles sont toutes en anglais et cela me fatiguerait vite. 

 

Ici, je vais regulierement au restaurant, mais la plupart du temps, ce sont des gargottes de rue, sauf quand je suis avec mon fils qui deteste cela. Je ne vais pas au cinema, je ne sais meme pas s’il en existe un a Nha Trang, ni en discotheque alors qu’il y en a une bonne vingtaine en ville, pas de karaoke puisque ce sont des cabines individuelles et que je n’aime chanter qu’en public. 


Ma maison est grande et belle, mais je la trouve trop grande, justement, et j’ai hate d’en changer, surtout pour m’eloigner du voisin et de son boucan. J’espere trouver une maison plus petite et plus isolee. J’ai des meubles corrects, mais je me fiche bien de les montrer a ou Paul, je ne me tracasse pas d’avoir ceci ou cela, les biens des autres m’indifferent dans le sens ou je suis heureuse pour eux qu’ils en aient si c’est leur bonheur, mais que je n’ai nul besoin d’avoir les memes. Bref, tout ce qui semblait important en Belgique ou, du moins, devait sembler l’etre pour “faire comme les autres”, me laisse completement froide ici. 

 

 

Les valeurs que j’ai retrouvees sont plus simples : aimer, donner, aider, recevoir aussi, se detendre, rie, profiter de la vie comme elle est meme s’il y a quelques manques, notamment culturels, manger a ma faim mais sans me goinfrer, aller prendre un café sur une terrasse a l’ombre et regarder la mer, recevoir la visite de contacts etrangers qui, pour certains, deviendront peut etre des amis, lire un bon bouquin, travailler, s’arreter ici et la pour admirer le paysage, la quietude de la campagne, des falaises ou de la montagne. 

 

Bref, les valeurs de l’enfance et de l’adolescence, mais avec l’experience de la vie et la chance de pouvoir apprecier ces petits bonheurs simples. J’ai eu quelques moments de blues ou je me demandais si j’allais prolonger mon visa, mais maintenant que c’est fait, je suis plus qu’heureuse de me dire que les prochains six mois, je les passerai ici et les six suivants et les six d’apres. J’ai encore tant de choses a faire, tant de gens a rencontrer, tant d’articles a ecrire, d’enfants et de jeunes a soutenir et a aider si mes moyens me le permettent. Je ne pourrais pas rentrer au pays et reprendre ma vie d’avant en sachant que je risquerais d’oublier tout cela, prise a nouveau dans le tourbillon des plaisirs factices. J’ai la sensation d’avoir a nouveau seize ou dix-sept ans et que j’ai encore tout mon avenir devant moi.

 

 

Posté par ottlnpac à 11:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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